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Cinq représentants des candidats à l'élection présidentielle répondent aux questions du Ci'num

Date : 07 Mars 2007

En décembre dernier, Daniel Kaplan, responsable du programme des Entretiens et civilisations numériques, proposait aux candidats à l'élection présidentielle un texte intitulé " Vers la civilisation numérique, la civilisation numérique en marche ". Quatre questions y figuraient, auxquelles les représentants de cinq candidats ont répondu le 25 janvier dernier dans les locaux du journal Le Monde. En voici le verbatim.
http://cinum.viabloga.com

Les cinq représentants des candidats :


* Jérôme GLEIZES, membre du Collège exécutif des Verts, conseiller du 10ème arrondissement de Paris
* Frédéric LEFEBVRE-NARE, conseiller de François Bayrou pour les études et le projet - son intervention [partie 1 / partie 2]
* Christian PAUL, député PS de la Nièvre
* Jérôme RELINGER, responsable de la mission "Révolution numérique" au PCF
* Laurent WAUQUIEZ, député UMP de la Haute-Loire

Introduction de Daniel Kaplan :


Quelques mots d’introduction à ce débat pour vous dire un peu d’où l’on vient et ce qui nous a amenés à poser ces questions. Quand on demande aux gens de se projeter un peu loin dans l’avenir, ils le font presque toujours, en tout cas si l’on accepte les utopies, en s’appuyant sur de la technique. C’est d’ailleurs pour cela qu’une littérature qui s’appelait par exemple d’anticipation est imperceptiblement devenue la littérature de science-fiction parce qu’il y avait toujours à l’intérieur de la science et de la technique. Ce faisant, on peut courir le risque de gadgétiser l’avenir ou au contraire, de soumettre l’avancée inexorable de la logique technique en oubliant complètement les histoires humaines qui vont faire bifurquer les futurs. Par exemple, on fait ou non exploser la terre, on a ou non le pouvoir d’inonder d’un coup trois gorges pour faire le plus grand barrage du monde. Ce sont des histoires humaines et politiques derrière lesquelles on va mobiliser ou être en mesure de mobiliser des techniques.

En 2006, au Ci’Num, on s’est projeté d’un coup dans l’avenir à vingt ans, sans filet, sans modèle, de manière purement créative. On s’est rendu compte – c’était particulièrement riche et j’espère que vous le percevrez en lisant le rapport du Ci’Num qui est à votre disposition – qu’un groupe aussi hétéroclite que celui du Ci’Num était capable d’imaginer des futurs extraordinairement différents, des futurs à la fois enracinés dans la conscience des contraintes essentielles de l’avenir (la fin du pétrole, le réchauffement climatique, le vieillissement, la pression des Sud et des Orients) et créatifs, excitants, drôles, bref assez humains, donc assez désirables.

Mais, à chaque fois, on constatait que le point d’appui pour imaginer ces futurs était un point d’appui lié à des artefacts, à des applications ou à des agencements, à des techniques. Ce n’est pas complètement étonnant, la technique, c’est un pari sur l’avenir. On n’a pas besoin d’imaginer des techniques si on n’a pas d’avenir. Elle fait advenir d’une certaine manière ce futur, ce qui est à la fois bien sûr sa force et son problème. En effet, faisant advenir un futur, on acquière également une responsabilité assez sérieuse.

Ce qui nous frappe de ce point de vue-là, c’est que dans le champ intellectuel et politique français, le rôle de la technique est quand même un peu subalterne. C’est assez facile aujourd’hui, pour un acteur politique, pour un décideur, de prendre l’assistance à témoin d’un oeil complice et de dire « vous savez, ces questions-là, moi, je n’y connais rien ». Je vous rappelle que dans l’histoire politique, ça a été la même chose de l’économie. Quand on était un décideur il y a à peu près deux siècles, en particulier si on l’était de haute extraction, on ne s’intéressait pas à l’argent. L’intendance suivait. Évidemment, aujourd’hui, un homme ou une femme politique qui dirait « vous savez, moi, l’économie, je n’y comprends rien », ce serait un peu difficile ». Mais, on se permet ça sur la technologie, sur la technique en général.

On croit, à Ci’Num, que c’est aujourd’hui, au minimum curieux, voire peut-être un peu irresponsable. D’abord parce que les Français nous ont précédés de ce point de vue-là. Il faut savoir que la moitié des Français, si on l’analyse sous cette forme, ont sans rien nous dire, sans rien nous demander, basculé à peu près deux jours éveillés par mois en pratique numérique, 25 heures par mois passées sur l’internet et sur des outils numériques. En effet, les technologies de demain vont nous ouvrir à la fois peut-être la perspective d’un vieillissement qui en vaudra la peine, au moins pour ceux qui pourront se le payer, de nouvelles méthodes pour produire, pour transporter, pour utiliser sobrement des énergies propres, éventuellement. Elles vont nous ouvrir aussi la perspective d’une société qui peut être soit plus surveillée que celle de 1984 (le livre) sans même un dictateur ou soit au contraire, plus démocratique que jamais, aussi dévouée pour recycler les déchets, les gaz qui nous empoisonnent soit, pourquoi pas, en produire volontairement d’encore pires. Bref, on a des techniques qui sont aujourd’hui un fait social majeur, qui sont des enjeux économiques, sociaux, éthiques, voire, dans un certain nombre de cas – vous le lirez dans ces lignes anthropologiques – des causes et des réponses aux défis du futur.

Tout ça veut dire qu’il faut que les techniques deviennent des enjeux politiques. C’est pour ça que l’on a voulu prendre la parole en ce début de campagne électorale, pour interpeller, pour inciter à pousser une réflexion qui nous semble trop en arrière de la main, alors même que dans cette campagne, il est peut-être plus que d’habitude question d’enjeux d’assez long terme, plutôt dans le champ bien sûr de l’environnement et plutôt autour d’un discours des menaces que d’un discours de l’espérance et de la construction de l’avenir.

D’où ces quatre questions que je rappelle très brièvement. Vous êtes capables de les lire.

- Comment comptez-vous faire émerger un débat ouvert et serein autour des enjeux de la recherche scientifique et de l’innovation utilisant la convergence numérique – peut-être même en dehors de ça ?

- Entendez-vous rouvrir le débat autour d’un certain nombre de grands projets numériques structurants qui sont des projets de société, un peu trop, à notre avis, présentés comme des projets purement techniques ?

- Comment, dans une société en réseau, imaginez-vous refonder ce que l’on appelle la fabrique de l’intérêt général ? Est-ce que nous avons une société dans laquelle cette fabrique s’organise de manière différente ?

- Enfin, qu’entendez-vous entreprendre pour que la France contribue à l’avènement d’une société mondiale multipolaire de la connaissance dans laquelle les Sud seront des acteurs à part entière ?


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Source : Ci'num