LE LABEL

Atelier « TIC, Gouvernance et Développement Local », 17 et 18 Décembre, Dakar

Date : 03 Janvier 2008

Le présent rapport général, réalisé par le Dr. Mbissane NGOM, Université Gaston Berger de Saint-Louis (UGB), ne s’inscrit pas dans la tradition des synthèses savantes de colloques ou autres réunions scientifiques de ce type. Il se veut le rendu de la compréhension d’un non initié qui a profité de la gentillesse et de la bonne grâce des initiateurs de la rencontre pour aller à la découverte d’autres lectures (des lectures autres que juridiques) de la société de l’information dans un cadre collaboratif et interdisciplinaire, voire transdisciplinaire.

Pendant ces deux derniers jours, autour de la problématique de l’articulation entre les technologies de l’information et de la communication (TIC), la gouvernance et le développement local, des experts d’horizons intellectuels et géographiques divers ont échangé sur leurs expériences respectives et les résultats de leur recherche, donnant corps au premier objectif défini par le Pr. EVENO, celui de la mise en dialogue, dialogue de projets, dialogue de méthodes et dialogue de perspectives. Cette approche du partage a placé au cœur de nos discussions l’information. En effet, il est apparu très clairement que nos échanges avaient pour principal objet l’information, et particulièrement l’information produite par les collectivités locales et celle portant sur ces mêmes collectivités. S’agissant d’un atelier dont l’un des termes du thème est le « développement local », ce ne peut être une surprise.

De l’information donc ! Spécifiquement de sa production et de son utilisation grâce aux TIC pour la mettre au service d’une gouvernance pertinente et du développement local. En effet, les TIC sont ici envisagées comme des outils d’aide à la décision. Mais, dans cette perspective, on ne peut ignorer le contexte dans lequel cette hypothèse s’inscrit. Se révèle alors à nous une deuxième dimension de l’utilisation (ou du défaut d’utilisation des TIC) dans le processus de décentralisation et qui est relative à la formation. Formation aussi bien des élus locaux que des populations.
Il révélateur de noter que les échanges que nous avons eus se sont articulés, sur deux jours, autour de ces deux questions : la gestion de l’information et la formation des acteurs du développement local. C’est sur ces points que je voudrais mettre l’accent dans le cadre de ce rapport dont les interstices englobent les principales recommandations de l’atelier.

I)Gestion de l’information


Les différentes communications qui ont été présentées au cours des tables rondes 1 et 2 ont mis en évidence un certain nombre de difficultés relatives à l’articulation entre les TIC, la gouvernance et le développement local. Ces difficultés peuvent être sériées en deux catégories : la production de l’information par les collectivités locales ou d’autres acteurs de la décentralisation et son utilisation.

A.La production de l’information
Les présentations de la table ronde 1 ont en commun d’avoir mis le doigt sur la problématique de la production de l’information par les acteurs de la décentralisation.
S’il a été noté l’existence de sites d’information urbaine, le constat quasi général, en tout cas relativement à l’expérience marocaine et à celle malienne, est celui de la faiblesse des informations disponibles sur les sites (parfois c’est même une absence de site officiel qui est déplorée) et celui de l’absence de mise en cohérence des sites web. Divers facteurs explicatifs ont été relevés, dont l’absence de volonté politique des élus locaux n’est pas le moindre. De fait, il apparaît que les sites les mieux alimentés sont ceux porté par le pouvoir public central ou par la société civile, entendu au sens large. Dès lors, on n’a pas manqué de souligner l’urgence de convertir les élus locaux à la nécessité de doter leurs collectivités de site web de qualité pour la visibilité de leurs actions et de leurs potentiels mais également pour mieux informer les populations.
La faiblesse du processus participatif a également été notée. Constat paradoxal si l’on part du postulat que la décentralisation relève d’une logique de rapprochement de l’échelle de décision à la base et d’une volonté de développement de la démocratie participative comme l’a relevé Mme El Mansouri. Pourtant, l’émergence de « cités intelligentes » qu’Ibrahima Sylla appelle de tous ses vœux ne peut être que le résultat de la mise en œuvre de politique concertée pour lesquelles les TIC peuvent être d’un apport non négligeable.
L’élaboration d’un plan stratégique de développement du Grand Dakar peut être illustratif des difficultés de production de l’information par et sur les collectivités locales. Elle a permis, comme nous l’a révélé Alé Badara SY, de mettre en évidence la nécessité d’une intercommunalité et d’un processus participatif dans la production de l’information en assurant une migration du cloisonnement de l’information vers son partage entre les différents acteurs concernés par cet important projet de prospective.

B.L’utilisation de l’information
Au-delà de la production de l’information, est revenue la lancinante question de son utilisation dans un contexte de virtualisation de l’espace. Il faut noter, en passant, comme les débats d’hier l’ont montré, que la question du contenu est indissociable de celle de son utilisation car c’est en fonction de l’utilisation et donc des destinataires que le contenu est souvent déterminé.
L’utilisation de l’information est diverse et variée. Cette qualité se répercute sur les rôles que les TIC jouent dans le cadre de l’amélioration de la gouvernance et du développement local. De fait, le panel est large entre l’utilisation en milieu rural, telle que Alex Corenthin nous l’a présentée à celle en milieu urbain au regard de la schématisation faite par Ibrahima Sylla en passant par les différents usages dont Mamadou Ndiaye et Demba Niang nous ont donné un aperçu. Un élément fort relevé par ces deux derniers acteurs est l’importance des TIC dans le développement de la démocratie locale et la modernisation des pratiques de gestion locale. Et c’est également dans cette perspective de modernisation que s’inscrit la Cellule Régionale Numérique (CERENUM) de Saint-Louis, qui peut être un formidable point de départ pour faire de la belle du Nord la première Ville Tout Numérique du Sénégal. C’est dire que les TIC peuvent être un formidable outil de développement.
Cependant, les communications n’ont pas manqué de mettre l’accent sur certaines contraintes liées à l’utilisation de l’information en raison notamment, nous y revenons encore, du manque d’intérêts dont peuvent faire preuve les élus locaux. Les doutes de certains maires sur l’utilité d’avoir un site web ont été évoqués hier. On peut toutefois faire le pari d’un changement de mentalité avec le foisonnement de sites de campagne lors des dernières élections.
Par ailleurs, les débats ont porté sur les questions de sécurité, notamment relativement en référence à l’exploitation malveillante qui peut être faite de documents administratifs mis en ligne dans le cadre de la e-administration. S’il est vrai qu’il s’agit d’un problème qui peut être un frein à l’utilisation des TIC comme outil d’administration par les collectivités locales, il faut noter que des solutions doivent être recherchées dans deux directions : la sécurité technique et la sécurité juridique. Dans les deux directions, des pas de géants ont été faits afin de garantir aux documents administratifs en ligne une sécurité maximale, notamment par le biais de la consécration du principe de l’équivalence fonctionnelle. Ce n’était qu’à ce prix que la e-administration pouvait prospérer.

II)La formation des acteurs


Elle apparaît comme un indispensable pour l’utilisation des TIC en perspective de la gouvernance et du développement local. A titre illustratif, diverses expériences nous ont été présentées qui permettent de mettre en évidence le cadre de la formation et la diversité de ses méthodes.

A.Le cadre de la formation
Il peut être identifié au regard de ces cibles et de son objet.
La cible de la formation dans une optique d’amélioration de la gouvernance et de développement local concerne autant les élus locaux que l’anonyme. Mais, il faut surtout relever que la cible est large permettant de donner corps à la volonté de l’UNESCO que soit assurée à chaque être humain une formation tout au long de la vie, comme l’a souligné M. Ibrahima Lo, Directeur de l’EBAD. Ainsi, toutes les tranches d’âge sont concernées selon l’objet et l’objectif de la formation. Mais aussi, fait remarquable dans une perspective d’intégration, la cible est d’horizon divers, tant sénégalais qu’étranger, une diversification que permettent les méthodes utilisées. Ces demandeurs de formation sur les TIC et leur articulation à la gouvernance et au développement local se répartissent en deux groupes : les demandeurs de formation diplômante et ceux de formation non diplômante. De fait, la difficulté à résoudre est la bonne coordination et la bonne articulation des offres de formation.
Relativement à leur objet, il apparaît que les formations qui nous ont été présentées doivent favoriser l’utilisation des TIC au service du développement local, leur utilisation comme outil d’amélioration de la gestion locale, tant au plan de la définition de politiques adaptées que de réalisation d’économie. C’est dans ce cadre que le Master Pro eAdministration et solidarité numérique de l’Université Toulouse Le Mirail (UTM) prend tout son sens. Il met en relation les TIC, les territoires et les sociétés pour former des cadres de haut niveau dont la mission est d’accompagner la diffusion des TIC dans les collectivités locales mais aussi pour développer des compétences centrées sur la problématique de la solidarité numérique, pour reprendre le Pr. EVENO.

B.Les méthodes de formation
L’utilisation de plateformes gratuites de formation en ligne permettant un multi usage en fonction des profils des utilisateurs caractérise la plupart des formations qui nous ont été présentées. Elle révèle une évolution dans l’offre de formation en rompant le lien physique qui existait entre l’apprenant et l’enseignant. Celle-ci devient désormais virtuelle. Ainsi, la possibilité de diversifier les cibles est offerte, sachant que le déplacement vers un lieu fixe d’apprentissage n’est plus nécessaire, un ordinateur et une connexion Internet étant largement suffisant.
A la formation ouverte et à distance (FOAD), il faut ajouter l’expérimentation dont le « Label Ville Internet » est assez révélateur de la pertinence. Elle repose sur le principe de l’octroi de prix à des villes qui se sont montrées exemplaires dans l’utilisation d’Internet avec l’idée, en arrière-plan, de faire de ces villes des modèles que leurs consoeurs pourraient imiter. Belle application du principe de l’émulation. Il s’agit donc d’une formation par l’exemple en instaurant une compétition basée sur l’utilisation des TIC par les collectivités locales.
Un dernier aspect important doit être soulevé, celui des passerelles entre les différentes formations envisagées. Cette articulation des formations est indispensable pour plus d’efficacité et un meilleur impact sur les cibles. Elle peut se faire au travers d’une co-diplômation, d’un partage de contenus, de réalisation de recherches. Dans cet optique, EAtlas apparaît comme un réceptacle pertinent de cette articulation. Il préfigure les relations futures entre les différents acteurs dans une perspective de Recherche – Formation – Action entendu comme une mission de Veille, Mise en évidence et interprétation. A ce propos, d’importantes propositions ont été faites afin de rendre EAtlas plus présent dans la mise en relation entre les TIC, la gouvernance et le développement local. La réflexion doit se poursuivre afin de retenir les meilleures propositions et permettre la rencontre régulière des différents acteurs.