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1998 - 2008 : 10 ans pour l'émancipation du citoyen internaute, ou comment les réseaux numériques transforment la démocratie locale

Date : 15 Mai 2008

1998 : Naissance de l’Internet Citoyen,
2008 : élus adjoints aux TIC : les moteurs de l'expression citoyenne !

Commentez et témoignez sur ce thème. Une réflexion proposée par Florence Durand-Tornare, Fondatrice de l’association Villes-Internet , Co- Auteur avec Anne Daubrée du Guide de l'élu délégué aux TIC : L'internet citoyen : un défi politique - Editions Territorial- 2008

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1998 : Naissance de l’Internet Citoyen


1998 est une année charnière durant laquelle s’affirment des espaces virtuels sur Internet dédiés à la citoyenneté. Le premier Pagsi français (Programme d’action gouvernementale pour la société de l’information) commence à faire son effet . Les travaux infrastructurels se multiplient. La lutte contre la Fracture numérique locale s’organise. Le réseau des Espaces Publics Numériques s’installe pour démocratiser les usages de l’internet par l’accompagnement dans des lieux dédiés (plus de 4.000 aujourd’hui dans tout le pays).
La Fête de l’internet à l’initiative des associations locales bat son plein le jour du printemps et voit fleurir les ordinateurs dans les rues pour démontrer les usages.
Les Villes Internet commencent à se rassembler pour échanger leurs expériences et tracer les contours de véritables places publiques en ligne où les espaces administratifs et d’information de proximité se multiplient. Se préparent ainsi les espaces de démocratie locale et d’interaction ancêtres actifs du Web 2.0 ( qui est né en… 1998 avec la multiplication des sites collaboratifs sous Spip). Cette même année voit un boom des SMS recemment déployés avec la mode des « textos ».

C’est à la même période que les mouvements associatifs internationaux s'emparent des réseaux numériques leur emblème est Attac ou le regretté Global Communities Network. Les mouvements politiques, bien que très lents à vaincre leur technophobie naturelle, vont aussi s’emparer de ce qu’ils considèrent encore comme un média au sens classique : le pionner en France sera…le Front National avec 120 sites aux élections de 2002 puis Démocratie Libérale, bientôt rejoint par l'essaimage des sites des Verts puis par la structuration des portails de marketing politique des grands partis.


Le territoire se tisse en toile


Les clichés ont la peau dure : Internet créerait une société atomisée, composée de zombies terrés derrière leur écran, ou au mieux, s’impliquant dans des communautés uniquement virtuelles. En réalité, le réseau dynamise et transforme les relations entre les habitants d’un même territoire, en resserrant le maillage. Par exemple, une expérience a montré qu’ une fois connectés, les habitants discutaient deux fois plus avec leurs voisins, dans un quartier surnommé Netville, à Toronto (Canada). Cette dimension locale d’Internet donne aux élus des villes tout à la fois un rôle majeur et un outil puissant dans la rénovation de la démocratie.
Les élus de proximité (ils sont plus de 300.000 en France) détiennent la légitimité nécessaire pour accomplir cette mission : près de trois-quart des Français leur accordent leur confiance, très loin devant les autres figures politiques, d’après une étude Sofrès de 2005.
Ils peuvent, avec internet, faire fructifier les expériences de démocratie locale dont sont déjà riches les communes, des conseils de quartier qui ont connu un regain dans les années 90, aux plus récentes consultations de la population, nées de la loi Vaillant de 2002.
Certes, ces expériences ne sont pas toutes concluantes, accusées parfois de se borner à une simple représentation de la participation, d’être boudées par les habitants, ou de servir à écarter les associations. En réalité, elles constituent un apprentissage pour tous. Citoyens, élus et associations apprennent à définir leur place respective dans des processus de consultation, de concertation, et à terme, peut-être, de prise de décision commune.
Par essence, le réseau est en osmose avec ce processus. Il l’enrichit, en s’articulant avec les démarches existantes. Grâce à lui, davantage de citoyens accèdent plus facilement à une information plus large. Ils se tiennent ainsi au courant de l’avancée des projets et peuvent en constater la mise en oeuvre. Une transparence qui peut contribuer à restaurer la confiance dans les hommes politiques. Et surtout, le Net permet les actions collaboratives et le contact direct, rapprochant ainsi le citoyen des élus, dans une relation renouvelée.
Quelques maires se sont déjà lancés, organisant pour les habitants de la ville des instances participatives appuyées sur des dispositifs interactifs. Mais ce sont surtout les citoyens et les associations les plus vivaces qui se sont emparés du potentiel du réseau. Les sites des associations de quartiers, ou des citoyens –en association ou pas-, mobilisés sur un projet d’infrastructure, notamment, se multiplient.
Bref, la vie du territoire se déploie et se structure sur le réseau. C’est là que l’élu rencontrera des acteurs particulièrement actifs, détectera des compétences, verra émerger les attentes, les préoccupations de la population. Il s’y fera connaître, aussi. En revanche, s’il n’intègre pas Internet dans les processus de participation, il risque de voir le débat public sur Internet se structurer … sans l’institution politique.

2008 : élus adjoints aux TIC : les moteurs de l'expression citoyenne !


En 10 ans ces réseaux on créeez des pratiques et les usages des outils numériques en réseaux se banalisent. La technologie évoluent toujours mais les fameuses attentes des citoyens deviennent plus lisibles et une demande sociale de bien commun informationnel trouve sa place.

Pourtant encore aujourd’hui, explorer de nouveaux processus de participation politique avec les seuls Internautes, c’est exclure d’office la moitié des citoyens de la vie démocratique.
Les adeptes du web sont déjà rentrés de plein pied dans la société de l’information. Autant dire qu’ils ont intégré une véritable révolution culturelle, pour participer à une société qui offre des possibilités d’échange et de coopération inédites entre ses membres, mais impose aussi de nouvelles pratiques économiques, sociales et culturelles. Celui qui cherche un emploi sans pouvoir utiliser Internet, par exemple, est lourdement pénalisé.
Or, au premier semestre 2007, plus de la moitié des foyers en France ne disposait pas d’un accès à Internet, d’après Mediamétrie. Sans surprise, les exclus sont au premier chef les ménages les plus défavorisés. Quelle société pourrait survivre à une inégalité aussi criante ? Aux responsables municipaux de rendre compréhensible par tous cette grammaire nouvelle, de garantir l’accès à Internet à l’ensemble des citoyens.
Même si des actions spécifiques s’imposent pour toucher les populations les plus en retrait, les EPN, Espaces Publics Numériques, notamment, ont fait la preuve de leur utilité. Le gouvernement Raffarin a supprimé le contrat des « emplois jeunes », qui allégeait le coût de ce dispositif. Il revient également aux élus locaux d’en appeler à l’Etat, pour obtenir le juste soutien à une politique d’inclusion numérique.

Accès numérique universel et gratuit, appropriation par tous des pratiques des TIC, choix technologiques garantissant l’indépendance des infrastructures : sur ces bases seulement se bâtit une société de l’information conforme aux idéaux républicains, dans laquelle pourra s’épanouir une démocratie rénovée. Son avenir dépend largement de l’engagement des responsables municipaux qui viennent d'être élus et notamment des adjoints ou délégués aux TIC.


Florence Durand-Tornare
Fondatrice de l’association Villes-Internet www.villes-internet.net

Co- Auteur avec Anne Daubrée du Guide de l'élu délégué aux TIC : L'internet citoyen : un défi politique - Editions Territorial- 2008 - www.territorial.fr