
Emmanuel Eveno
Président de Villes Internet
Géographe, Chercheur au LISST CIEU
Dès l’édition 2000, l’association des Villes Internet s’est attachée à établir une méthode d’évaluation rigoureuse des politiques TIC des collectivités locales candidates au Label. Cette méthode a été élaborée en partenariat entre des représentants du monde de la recherche scientifique et des représentants des collectivités locales ainsi que des experts du domaine.
Le partenariat entre Villes Internet et le monde de la recherche en sciences sociales est un élément fondateur du projet associatif, ce qui distingue cette association très fortement des autres associations dédiées aux collectivités locales. C’est aussi, pensons-nous, ce qui légitime le Label, qui ne saurait dès lors être confondu avec un Palmarès tel qu’il est d’usage d’en dresser dans la presse spécialisée ; avec les récompenses officielles telles qu’en décernent rituellement plusieurs ministères ou encore des “prix” remis dans la confusion des inter pares.
L’évaluation sur lequel se fonde le Label est le fruit du travail de deux structures internes à l’association : le Conseil d’Orientation où sont discutés l’ensemble des éléments de la méthodologie, et le Jury du Label, qui labellise chaque année l’ensemble des villes candidates. Si les représentants des collectivités locales peuvent participer au Conseil d’Orientation, par contre, ils ne peuvent participer au Jury.
Dans le cadre de la méthode, remise en discussion chaque année, plusieurs outils ont pu être mis en œuvre. Le plus important est un questionnaire, proposé en ligne aux collectivités locales inscrites au Label, en début d’année. Ce questionnaire a évolué depuis ses origines, afin de faire place aux différents types d’innovations qui pouvaient apparaître et à propos desquels le Conseil d’Orientation joue un rôle de “veille”. Dans l’ensemble, ce questionnaire a permis de collecter une masse d’informations extrêmement précise et diversifiée sur un grand nombre de collectivités locales françaises.
Plusieurs matériaux complémentaires permettent de préciser ce travail d’évaluation : les initiatives détaillées directement par les collectivités locales sur la plateforme dédiée au sein du site web de Villes Internet (villes-internet.net) et les commentaires portés en marge du questionnaire.
Ces matériaux complémentaires sont appelés à prendre de plus en plus d’importance dans l’évaluation globale. Comme l’indique le règlement, il est donc essentiel que les élus et les agents qui remplissent le questionnaire s’appliquent également à bien vérifier que les initiatives prises par leur ville en matière de TIC aient bien été référencées sur le site de Villes Internet et que les commentaires en marge des cases à cocher sur le questionnaire soient suffisamment nombreux et argumentés.
L’exploitation du questionnaire permet d’avoir une première lecture quantitative, tandis que la prise en compte des initiatives et des commentaires permet d’accéder à une approche qualitative. Enfin, à côté de ces sources d’informations requises, il en existe une dernière, non obligatoire, mais qui peut jouer un rôle dans l’instruction des débats au sein du Jury : les documents divers envoyés par les villes (revues de presse, numéros du Bulletin d’information municipale, résultats d’enquêtes...).
En 2012, nous en sommes à la treizième édition du Label Ville Internet. En treize années, ce sont 869 collectivités locales qui ont été labellisées. Dans la très grande majorité, ce sont des communes françaises, de toutes régions et de toutes tailles. Si, dans le passé, nous avons reçu quelques candidatures de témoignage de villes étrangères (Belgique, Canada, Côte d’Ivoire et Mali), ce n’est plus le cas depuis 2006.
En revanche, alors que le Label avait été élaboré et était dédié aux communes, on constate la présence récurrente d’intercommunalités. Certaines collectivités sont ainsi présentes à la fois en tant que Communes et en tant que Communauté de Communes. On constate en effet un transfert de compétences, sur ces sujets, entre les communes et les intercommunalités.

Dans l’ensemble des villes labellisées, les plus nombreuses sont celles qui appartiennent à la catégorie des “petites villes” (de 3 000 à 19 999 habitants), puis les “villes moyennes” (20 000 à 99 999 habitants) et les “villages” (moins de 3 000 habitants).
Les “grandes villes” (100 000 habitants et plus) ne contribuent, en proportion, que pour une faible part. Cependant, à trois exceptions près (Paris, Marseille et Aix-en-Provence), elles ont toutes participé à un moment ou à un autre à l’histoire du Label.
L’augmentation des participations des “petites villes” et des “villes moyennes” est globalement parallèle depuis 2004. En revanche, depuis 2010, on assiste à un accroissement notable de la participation des “villages” ou communes de moins de 3 000 habitants. En tendance, il s’agit donc, sinon d’une “ruralisation” du Label, du moins d’un rééquilibrage en direction des communes rurales.
Comme l’indique le graphique suivant, les Régions qui, historiquement, contribuent le plus fortement au Label sont l’Ile-de-France, Rhône-Alpes et Nord-Pas de Calais. Des régions qui avaient été très présentes dans les éditions 2003, 2004 et 2005, comme les régions Bretagne et Lorraine notamment, sont par contre en recul relatif.
Les régions les plus modestement représentées sont soit les régions les moins urbanisées et les moins peuplées (Auvergne, Limousin, Poitou-Charentes, Champagne-Ardenne, Franche-Comté ou Bourgogne) soit les plus “périphériques” ou “enclavées” (Corse, DOM-TOM).
L’édition 2012 est la treizième de l’histoire du Label Ville Internet. Elle constitue l’année record en termes de participation, avec une augmentation particulièrement sensible, de 303 à 356 collectivités, soit près de 17 % en plus. Nous nous inscrivons donc dans la poursuite et la consolidation de la dynamique qui avait prévalu entre 2010 et 2011.
Les éditions qui ont enregistré une décroissance du nombre de participations jusqu’à présent étaient celles de 2004 (6ème édition) et de 2008 (10ème édition).
Entre 2004 et 2010, le nombre de collectivités semblait plus ou moins stabilisé autour de 200. Avec 2011 et 2012, l’augmentation est donc tout à fait spectaculaire.
La plus petite commune à avoir été labellisée en 2012 est Vacherauville, du Département de la Meuse et de la Région Lorraine, avec 115 habitants tandis que la plus grande est Toulouse, avec 398 423 habitants. Saint-Etienne est la dernière grande ville (plus de 100 000 habitants) à avoir participé.
En fait, sur ces 356 villes labellisées, 96 sont candidates pour la première fois, ce qui représente 27 % de l’ensemble. Sur ces 96 nouvelles collectivités locales, 5 sont des intercommunalités.
Les gains à réaliser dans la catégorie des “grandes villes” sont désormais extrêmement limités (seules trois grandes villes restent à l’écart jusqu’à ce jour), mais on observe un changement dans les caractéristiques des villes candidates du point de vue de leur fidélité au Label. Si les “grandes villes” ont été presque toutes présentes, elles ne se distinguent guère par leur fidélité. Certaines, comme Bordeaux, Lille, Toulon, Villeurbanne..., n’ont participé qu’à deux éditions et à des dates très différentes.
Reste tout de même un cas à part, celui de Metz, seule ville à avoir été présente systématiquement à toutes les éditions du Label.

Si ce sont les petites villes (de 3 000 à 19 999 habitants) qui fournissent le plus grand nombre de nouvelles candidatures (39 collectivités), les communes rurales sont presque aussi nombreuses : 35.
Cette dynamique signale une nouvelle étape dans la diffusion des usages des TIC dans les collectivités locales ainsi que de leurs politiques de soutien aux usages sociaux, démocratiques... de ces TIC.
On peut l’interpréter de deux manières, complémentaires l’une de l’autre.
Une part très significative de la croissance enregistrée dans les candidatures vient de la Région Aquitaine, ce que l’on peut très certainement relier au fait que la douzième cérémonie de remise des Labels a eu lieu en Aquitaine, à Saint-Médard-en-Jalles.
À côté de la Région Aquitaine, La Région Rhône-Alpes doit une part appréciable de son dynamisme au Département, à forte dominante rurale, de l’Ardèche, ce qu’il faut référer à l’incitation à la participation adressée par le Syndicat Intercommunal des Inforoutes de l’Ardèche auprès de l’ensemble de ses communes adhérentes.
Si les territoires des DOM-TOM sont encore assez peu nombreux, ils confirment leur présence en 2012 après leur apparition en 2011, que ce soit en Guyane, Guadeloupe, La Réunion ou en Martinique.
Le Jury distingue, pour l’édition 2012 du Label et sur l’ensemble des communes ou intercommunalités :

Les Collectivités considérées comme “référentes” sont celles qui obtiennent 4 ou 5 @.
Comme l’indique le graphique suivant, le nombre des collectivités obtenant ce classement est assez voisin et le différentiel, jusqu’ici systématiquement au bénéfice de la catégorie 4 @ tend à se réduire. Il était de 7 en 2010, de 4 en 2011 et il n’est plus désormais que de 3.
La géographie régionale des villes “référentes” fait ressortir très nettement la Région Ile-de-France qui, de surcroît, augmente son avance avec l’édition 2012. En seconde position, on trouve la Région Rhône-Alpes puis, à des niveaux comparables, Aquitaine et Nord- Pas de Calais.
Le cas de la Région Poitou-Charentes, avec une collectivité classée en 5 @ et une en 4 @ est assez particulier. En effet, ces deux collectivités sont en fait respectivement la commune de Parthenay et la Communauté de Communes de Parthenay.
L’édition 2012 est non seulement celle qui enregistre le record de candidatures au Label, mais aussi celle qui accueille le plus grand nombre de collectivités dans la catégorie des 5 @.
| Collectivité | Région | Nbre d’Hab. | Collectivité | Région | Nbre d’Hab. |
|---|---|---|---|---|---|
| Agen | Aquitaine | 32 180 | Noisy-le-Sec | Ile-de-France | 37 000 |
| Argentan | Basse-Normandie | 17 448 | Parthenay | Poitou-Charentes | 10 473 |
| Besançon | Franche-Comté | 122 308 | Perpignan | Languedoc-Roussillon | 107 241 |
| Bron | Rhône-Alpes | 39 415 | Pont-Audemer | Haute-Normandie | 9 360 |
| Charenton-le-Pont | Ile-de-France | 28 000 | Rosny-sous-Bois | Ile-de-France | 39 499 |
| Echirolles | Rhône-Alpes | 33 000 | Saint-Apollinaire-de-Rias | Rhône-Alpes | 159 |
| Epinal | Lorraine | 38 000 | Saint-Germain-en-Laye | Ile-de-France | 40 162 |
| Fontenay-sous-Bois | Ile-de-France | 51 000 | Saint-Médard-en-Jalles | Aquitaine | 26 000 |
| Grenoble | Rhône-Alpes | 153 298 | Sèvres | Ile-de-France | 23 505 |
| Ivry-sur-Seine | Ile-de-France | 51 425 | Vandoeuvre-lès-Nancy | Lorraine | 32 000 |
| Jouy-en-josas | Ile-de-France | 8 042 | Vannes | Bretagne | 54 775 |
| L’Isle Adam | Ile-de-France | 11 300 | Verrières-le-Buisson | ̂le-de-France | 16 042 |
| Mérignac | Aquitaine | 63 300 | Villeneuve d’Ascq | Nord-Pas de Calais | 66 000 |
| Metz | Lorraine | 128 000 | Villiers-le-Bel | Ile-de-France | 26 144 |
| Narbonne | Languedoc-Roussillon | 50 000 |
Les nouvelles venues dans ce haut du classement avaient toute précédemment été classées en 4 @ (il s’agit d’une exigence du règlement).
Elles sont six à faire leur entrée en 2012. Il s’agit de : Charenton-Le-Pont, Saint-Germain-en-Laye, Sèvres, Verrières-le-Buisson, Villeneuve-d’Asq et Saint-Apollinaire-de-Rias.
En revanche, deux villes classées en 5 @ lors de l’édition 2011 ne se sont pas présentées en 2012 : Nice et Bayonne.
Avec 159 habitants, Saint-Apollinaire-de-Rias, en Ardèche, est la plus petite collectivité à avoir obtenu ce classement, tandis que Grenoble est la plus grande ville à ce niveau pour cette édition.
C’est la Région Ile-de-France qui bénéficie le plus de la croissance de cette catégorie. Sur 6 collectivités entrantes, 4 sont d’Ile-de-France.
| Collectivité | Région | Nbre d’Hab. | Collectivité | Région | Nbre d’Hab. |
|---|---|---|---|---|---|
| Anglet | Aquitaine | 36 742 | Laval | Pays-de-la-Loire | 54 379 |
| Bailly-Romainvilliers | Ile-de-France | 5 690 | Longjumeau | Ile-de-France | 21 288 |
| Beauvais | Picardie | 59 000 | Meyzieu | Rhône-Alpes | 29 380 |
| Billy-Berclau | Nord-Pas de Calais | 4 295 | Montreuil | Ile-de-France | 95 000 |
| Biot | PACA | 9 019 | Olivet | Centre | 20 723 |
| Boé | Aquitaine | 5 409 | C. C. de Parthenay | Poitou-Charentes | |
| Bourg-Saint-Andéol | Rhône-Alpes | 7 578 | Roanne | Rhône-Alpes | 37 163 |
| Changé | Pays-de-La-Loire | 5 477 | Roncq | Nord-Pas de Calais | 13 000 |
| Cherbourg-Octeville | Basse-Normandie | 44 108 | Saint-Cloud | Ile-de-France | 28 395 |
| Concarneau | Bretagne | 21 010 | Saint-Paul-Trois-Châteaux | Rhône-Alpes | 7 656 |
| Courbevoie | Ile-de-France | 70 105 | Tarbes | Midi-Pyrénées | 49 343 |
| Fontaine | Rhône-Alpes | 23 000 | Villeurbanne | Rhône-Alpes | 139 764 |
| Grigny | Rhône-Alpes | 8 681 | Vincennes | Ile-de-France | 43 937 |
| Haubourdin | Nord-Pas de Calais | 14 651 | Vitry-sur-Seine | Ile-de-France | 84 369 |
| Hyères | PACA | 51 417 | Waldighoffen | Alsace | 1 427 |
| Lambersart | Nord-Pas de Calais | 38 000 |
Trois collectivités classées en 4 @ se présentent pour la première fois : Olivet, la Communauté de Communes de Parthenay et Haubourdin. Il s’agit donc de résultats tout à fait remarquables puisqu’il s’agit du classement optimum auquel peut prétendre une ville primo-candidate.
Bailly-Romainvilliers, Boé, Concarneau, Grigny, Longjumeau, Roncq, Saint-Paul-Trois-Châteaux et Waldighoffen étaient précédemment classés en 3 @.
Autres faits remarquables : une intercommunalité, la Communauté de Communes de Parthenay, primo-candidate, apparaît comme la mieux classée des intercommunalités. Elle est la première intercommunalité à accéder à ce niveau de classement.
La plus petite ville 4 @ est Waldighoffen (1 427 habitants), tandis que la plus grande est Villeurbanne (139 764 habitants).
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