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Entre crise sanitaire et crise sociale, le tarif social de l’Internet plus que jamais indispensable 

Publié le 30 septembre 2020 Cohésion sociale

Depuis le mois de mars dernier, les mesures de chômage partiel (diminuant les revenus), les plans sociaux et autres liquidations plongent la France dans une crise économique d’ampleur. À la crise sanitaire s’ajoute alors la crise sociale. Parallèlement, les mesures de distanciation prises pour faire face à l’épidémie de Covid-19 imposent la dématérialisation de nombreuses activités. Le travail devient télétravail, l’éducation devient « école à la maison », les consultations médicales se font en visioconférences.  Et tout cela partant du principe que chaque foyer est doté des équipements nécessaires, d’une connexion de qualité et que tous nos concitoyens sont formés à l’utilisation des outils numériques. Pourtant, la réalité est tout autre. À la crise sociale s’ajoute incontestablement la fracture numérique. Si certains opérateurs ont mis en place des mesures ponctuelles pendant le confinement, les élus locaux tentent de leur côté de répondre de manière pérenne à ce nouvel enjeu. 

Certains opérateurs affichent une volonté de participer à l’effort national 

SFR a ainsi annoncé quelques jours après la mise en place du confinement qu’en partenariat avec Emmaüs Connect, il mettait en place un plan d’urgence en faisant don à 20 000 personnes en situation de grande précarité de recharges prépayées comprenant appels/SMS illimités ainsi que 5Go de data. Le tout accompagné de téléphones et de smartphones, afin de permettre à ces personnes démunies d’effectuer leurs démarches essentielles. C’est un total de 20 000 téléphones, dont 5000 smartphones qui auraient été distribués. 

De son côté, Free a annoncé que face à la pandémie de coronavirus, il augmentait immédiatement le volume data du Forfait mobile 0€ et 2€ pour ses abonnés. 

Ces mesures bienvenues ne sont malheureusement pas de nature à résorber structurellement la fracture numérique qui se creuse chaque jour un peu plus. 

L’accès à Internet, un défi sociétal 

La ville de Boé (47 – [email protected]) a été retenue dans le cadre de l’appel à projets Wifi4EU. Grâce à ce projet européen et à l’aide obtenue d’un montant de 15 000 €, la commune va pouvoir équiper de points d’accès Internet sans fil ses espaces publics. Elle s’est en effet engagée depuis plusieurs années dans le déploiement de points d’accès Wifi publics. Ainsi, onze sites municipaux offrent actuellement une connexion Internet gratuite. La subvention européenne accordée va permettre d’accentuer son offre sur l’ensemble du territoire.  

De même, depuis 2015, la ville Le Mont-Dore en Nouvelle Calédonie s’est engagée dans une démarche de déploiement du Wifi, offrant ainsi des points d’accès internet sécurisés et gratuits dans les lieux publics. Le territoire communal de 643 km² est vaste et comporte plusieurs bassins de vie. Des choix raisonnés ont été opérés afin que ce déploiement s’intègre dans une politique publique pertinente de lutte contre la fracture numérique et de service aux habitants. Il s’agit également d’implanter des bornes dans des lieux susceptibles d’attirer la population en particulier les parcs, salles de spectacle, plages et places publiques. La cadence d’installation est de 2 à 3 sites par an en optimisant la répartition dans les différents quartiers de la commune.  

 Des équipements adaptés absents de nombreux foyers 

La multiplication des usages du numérique implique que certaines familles soient dotées d’un équipement numérique (ordinateur, tablette) par membre du foyer. Lorsque les parents sont en télétravail, les enfants doivent pouvoir faire leurs devoirs. Selon le site Statista, 76% des foyers français étaient équipés d’un ordinateur en 2019. Comment s’en sortent les 24% restant ? Et comment s’organisent les familles où plusieurs appareils sont désormais indispensables ? C’est ici que les collectivités entrent en jeu.  

Faisant le constat que plusieurs parents n’étaient pas équipés pour garder le lien avec la scolarité de leur(s) enfant(s) en période de confinement et afin de permettre aux élèves scolarisés sur la commune de poursuivre leur scolarité depuis leur domicile, la ville de Boé a mis à disposition des familles qui ne disposent pas d’équipement informatique des tablettes numériques. De même pour la ville de Saint-Avold (57 – [email protected]), dont le service informatique a remis au public en précarité pendant le confinement des ordinateurs afin que les enfants puissent continuer les cours à distances 

Le dispositif Cohésion Numérique des Territoires, énième plan gouvernemental illisible 

Lancé le vendredi 22 mars 2019 à l’occasion d’un déplacement du Premier ministre Edouard Philippe dans le Gers, le dispositif Cohésion Numérique des Territoires prévoit que l’État, via les opérateurs fournisseurs d’accès à internet, s’engage à subventionner jusqu’à 150€ du coût d’équipement, d’installation ou de mise en service des offres labellisées « Cohésion Numérique », directement sur la facture des utilisateurs. L’aide est alimentée par un fonds “cohésion numérique” doté de 100 millions d’euros. 

À ce stade, selon le site du gouvernement, seize opérateurs sont censés proposer ces offres. Pourtant, force est de constater que ces informations sont particulièrement difficiles à trouver sur Internet, alors même qu’elles s’adressent à des personnes faisant face à la fracture numérique. Ceci expliquant peut-être que le nombre de personnes ayant bénéficié de cette aide soit inconnu. 

Pourtant, le 7 octobre 2016, pour la première fois en France le droit au maintien de la connexion à Internet était inscrit dans la loi. [lire notre article] Cinq ans plus tard, ce droit n’est toujours pas une réalité. Combien d’années faudra-t-il encore pour que l’Europe coordonne la régulation de ce tarif social, seul levier pour lutter contre l’exclusion des services publics numériques ?

 

 

 

Par Anna Mélin