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L’INFORMATION A LA SOURCE : MAIS QUELLE SOURCE ?  EDITORIAL DE FLORENCE DURAND-TORNARE

Publié le 4 décembre 2016

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L’actualité du vote par l’assemblée nationale d’un texte qui élargit le “délit d’entrave” à l’accès au droit à l’IVG aux supports numériques*, engage enfin le débat essentiel de l’entrée dans la “société de l’information” : comment concilier  liberté d’expression et vérité de l’information ?

Cette question n’est pas nouvelle, en 2002 dans le cadre de feu le “Forum des droits sur l’internet” nous avions eu l’opportunité de poser  la question des limites pour que la “société de l’information” puisse s’épanouir et s’équilibrer. Un débat avait eu lieu autour de l’idée d’un .cert (nom de domaine repère de l’information issue d’un secteur public élargit aux associations financées sur fonds publics). Un “domaine” donc des sites, des pages, des conversations,  où les contenus seraient signés, sourcés, datés, vérifiables par le grand public donc par chaque citoyen expert. L’ampleur du travail culturel et opérationnel à produire pour installer une telle organisation nationale, ou mieux européenne, avait malheureusement freiné notre élan qui se heurtait déjà à des oppositions dans notre propre groupe. Par ailleurs la formidable auto-régulation d’un Wikipedia international, déjà indiscutée, nous avait rassurés alors en nous prouvant que l’intelligence collective pouvait structurer une méthode de validation par les pairs efficace.

Une personne est un média capteur et émetteur d’information, passif ou actif  : c’est aujourd’hui une réalité. Une autre plus sournoise est qu’un individu diffuseur est un publicitaire, passif ou actif : les techniques du marketing viral asservissent les internautes qui véhiculent malgré eux les messages. La guerre de l’information est devenue une guerre de la subversion : comment contredire ou mieux renverser les valeurs d’un système en place. Sont concernés les systèmes de valeur les plus intimes liées à la santé, mentale et physique à la foi, à l’héritage, à l’appartenance (à une culture, un territoire), à la connaissance et au sens de sa vie. 
La perte de ces repères s’amplifie au profit de la gouvernance par la peur, du populisme et de l’addiction à la consommation devenue une activité récréative.

“La multiplication infinie des sources d’information augmente le risque d’une confusion croissante entre vérité et manipulation”. Cette affirmation était posée publiquement dès octobre 2008 dans un rapport au Gouvernement intitulé “Les nouveaux médias : des jeunes libérés ou abandonnés ?” Et ses auteurs d’y préciser   ” La démocratisation de la source d’information est à double tranchant : elle a les qualités et les défauts de l’amateurisme en apportant un regard neuf et original sur l’information des auteurs, mais en renforçant aussi la subjectivité et les risques d’erreur du fait de l’absence de croisement des sources. La profusion n’est pas nécessairement synonyme de qualité et l’importance de l’image tient avant tout à sa légende. Comme le rappelle Jean-Noël Jeanneney, « une profusion non déterminée, non organisée, non classée, non inventoriée n’a guère d’intérêt ».

C’est la lutte pour la maitrise de la culture numérique et des canaux de production de l’information où la  diffusion dépend du support qui ne peut donc jamais être neutre. J’aime à dire “Pas de choix technologique sans choix politique”  ne sont pas neutres sur Internet et qu’ils conditionnent la forme des messages, induisent une série de choix et donc surdéterminent leur contenu.

Il existe une rupture générationnelle dans la manière dont l’information est perçue, intégrée et restituée : les jeunes aspirent désormais à une compréhension du monde transversale, instantanée et accumulative, rompant ainsi avec notre logique d’apprentissage plus verticale. Ils ont l’impression que les « anciens » sont là pour transmettre la juste dose de connaissances qui leur permettra de faire la part des choses et de conserver les repères fondamentaux. Le magazine Youthology n° 1 note ainsi que « forts d’un sentiment grandissant de supériorité que leur procure aujourd’hui la technologie, ils se jugent capables de se forger une opinion sur tout ». 

M. Jacques Piette, dans son article sur « Le nouvel environnement médiatique des jeunes : quels enjeux pour l’éducation aux médias »64(*), fait un constat similaire : « pour les jeunes, la question de la fiabilité de l’information n’est pas plus pertinente en ce qui concerne Internet que les autres médias, exception faite des pages personnelles, lieu d’expression et d’opinions individuelles, dont ils reconnaissent la nature subjective. Pour le reste, ils s’en remettent à leur bon sens. Les jeunes ont peu conscience des motivations qui président à la création de sites web et leur esprit critique à cet égard est très peu dé

Ce qu’il faut donc, en France, c’est une éducation aux médias qui soit un enseignement à l’analyse critique de l’image. Or aujourd’hui le journal télévisé tend plutôt à imiter Internet (les images prises par des amateurs se multiplient et le sensationnalisme, ainsi que le registre de l’émotion sont de plus en plus utilisés65(*)) alors qu’il faudrait plutôt qu’il s’en démarque en apportant un recul critique et une valeur ajoutée. M. Serge Tisseron a estimé, lors de son audition, que les images présentées lors des journaux télévisés devraient systématiquement être légendées avec une indication précise de leur source. En effet, il est important que les téléspectateurs soient avertis que les images qu’ils voient sont issues de vidéos prises par l’armée américaine, d’images de synthèse et qu’elles ont été filmées à tel ou tel endroit précis.

Votre rapporteur estime que la télévision, notamment publique, devrait faire un effort majeur dans la transparence de ses sources d’information afin d’offrir la possibilité au téléspectateur du prendre du recul vis-à-vis de ce qu’il voit.

 

 

 Ce débat inédit nait de nouveaux comportements qui demandent à redéfinir la notion “d’information” débordée par celle de “données”. Aujourd’hui chaque citoyen ou chaque élu, chaque entreprise mondiale ou locale, chaque universitaire ou enseignant, chaque médecin ou ingénieur, peut affirmer sa vérité. Il lui suffit de l’écrire, de l’enregistrer, de la filmer et de la programmer, directement sur des sites internet, blogs, plateforme d’échange, ou réseau social, et plus simplement par des vagues de sms ou de courriels. Nous sommes en France 

Karine Favro nous a expliqué lors des Assises Territoriales de l’identité numérique que la loi distingue : information, document et données. 

le temps passé sur internet dépassera en 2017 celui passé devant la télévision ( 20h par semaine)  : les médias interactifs et participatifs , de l’immédiateté et de l’ubiquité, décentralisés,   détrônent les médias descendants, parisiano-centrés, incitants à la passivité. En jeu la régulation des contenus et la relation à la vérité.  La lutte contre la manipulation idéologique et commerciale devient une responsabilité collective. L’extension de la loi de délit d’entrave à l’IVG contre les sites de désinformation marque un repère dans la redéfinition de la liberté d’expression imposée par les technologies du traitement de la donnée.

 

 

savoir chercher savoir vérifier savoir publier : c’est le slogan du CLEMI 

voir la vidéo https://m.youtube.com/watch?v=EQzFaYM8V8E&feature=youtu.be

 

 

 

L’Assemblée nationale a adopté, jeudi 1er décembre, en première lecture, la proposition de loi socialiste visant à pénaliser les sites de « désinformation » sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG), avec le soutien de l’ensemble de la gauche et d’une majorité de centristes, et malgré l’opposition de la droite.

Le texte prévoit d’étendre le délit d’entrave à tout moyen, notamment au numérique. Il a été voté, à main levée, après cinq heures et demie d’âpres débats et quelques retouches.

Il sera examiné par le Sénat le 7 décembre, en procédure accélérée, en vue d’un vote définitif du Parlement d’ici à fin février et l’aboutissement de la session.

 

Il manque à l’étude du Credoc* les chiffres sur la production individuelle d’informations. On est étonné que les institutions continuent d’utiliser les méthodes de sondage classique (ici moins de 3000 personnes interrogées! alors que l’analyse du big data est aujourd’hui courante pour analyser les comportements d’achat ou les opinions et de consommation notamment sur internet sur des dizaines de milliers de personnes. Cf enquête travail.
 

  • 60% des Français ont effectué un achat en ligne en 2016 (+5 points)
  • 56% des Français sont membre d’au moins un réseau social (+4 points)
  • 84% des Français de moins de 40 ans utilisent les réseaux sociaux
  • 55% des Français utilisent Internet pour écouter ou télécharger de la musique
  • 14% des Français utilisent Internet pour se former
  • 25% des Français utilisent Internet pour leur recherche d’emploi (+3 points : 78% des chômeurs, 28% des actifs occupés et 11% des inactifs).
  • 63% des 18-24 ans ont recherché un emploi sur Internet en 2016

 

* il permettra de prévenir les actes et pressions morales et psychologiques visant à empêcher une personne de s’informer sur l’IVG y compris sur internet et par voie numérique..

 

 

Par Florence Durand-Tornare