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Uberisation des villes, les collectivités contre-attaquent !

AirBnb, Uber, Amazon… En modifiant profondément le marché du logement, l’organisation du transport ou les habitudes d’achat, ces plateformes peuvent déstabiliser les collectivités qui mettent en place des politiques publiques dans tous ces domaines.

LES COLLECTIVITÉS CONTRE-ATTAQUENT

Après une première phase où les villes ont largement subi l’émergence de ces acteurs qui court-circuitent les intermédiaires ou les modes de régulations traditionnels, des collectivités tentent aujourd’hui de reprendre la main sur  le pilotage démocratique sur leur territoire. Il faut dire que les enjeux sont considérables. Ainsi, à Paris, 100 000 logements sont concernés, dont 65 000 via Airbnb. La mise à disposition de ces biens aux touristes pénalise les habitants : ce sont autant d’appartements en moins pour l’habitat local et cela impacte niveau de la vie du quartier. À Venise et à Barcelone, la situation est telle que des manifestations “anti-touristes” sont organisées par des groupes d’habitants pour dénoncer cette appropriation et cette vague de visiteurs. Face à ce constat, Matthieu Rouveyre, conseiller municipal de Bordeaux a créé “L’observatoire Airbnb”. Via un site dédié, on retrouve les données locatives de nombreuses villes sur une carte dynamique, permettant de constater le pourcentage de locations proposées par Airbnb et l’ampleur du phénomène…

VERS DE NOUVELLES RÉGULATIONS POUR LES PLATEFORMES D’HÉBERGEMENT

Depuis le 1er octobre, la plateforme en ligne d’enregistrement de la ville de Paris est effective pour toute personne souhaitant louer son bien via Airbnb. Le 1er décembre, la démarche deviendra obligatoire sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 euros. Contrôler les durées de location afin de vérifier qu’elles ne dépassent pas 120 jours par an -durée légale quand il s’agit de résidences principales- telle est la parade pour endiguer le développement d’Airbnb ainsi que la fraude.

Reposant sur l’article L. 324-1-1 du code du tourisme, un décret signé en avril, va obliger les propriétaires de logements qui passent par des plateformes comme Airbnb, Homeaway ou Abritel, à s’enregistrer afin d’obtenir un numéro d’immatriculation. Pour le moment seules sont concernées, les grandes villes de plus de 200 000 habitants et celles de la petite couronne parisienne.

D’autres leviers existent pour les communes de taille plus modestes. À Aix-les-Bains, la municipalité a fait la demande auprès d’Airbnb de percevoir la taxe de séjour. Depuis avril 2016, il est effectivement possible pour certaines communes de la récupérer via un site dédié proposé par la plateforme(www.taxedesejour-airbnb.fr). 50 villes en bénéficient déjà et Airbnb a annoncé vouloir étendre “cette collecte à l’ensemble des villes françaises qui ont mis en place une taxe de séjour au réel (…)”. En 2016, c’est 7,3 millions d’euros de taxe de séjour qu’Airbnb a ainsi reversé aux villes concernées.

 

 

TOUT N’EST PLUS PERMIS

Les grands équilibres de la mobilité urbaine ont été fortement transformés par les plateformes de VTC. Lors du salon des Taxis en janvier dernier, le président de la chambre syndicale des artisans taxis a ainsi annoncé que leur chiffre d’affaire s’était effondré de 30 à 40 % en 5 ans.

À Londres, l’autorité des transports TFL, vient de frapper un grand coup en retirant la licence d’Uber, magnat des chauffeurs privés. Évoquant le manque de responsabilité de la plateforme pouvait avoir des conséquences potentielles pour la sûreté et la sécurité du public, la ville démontre ainsi qu’elle garde le pouvoir. Cette restriction semble surtout être la première étape d’une discussion établissant un nouveau rapport de force entre la ville et la plateforme utilisée par 3,5 millions de Londoniens.

En France, certaines villes réagissent également en faisant évoluer leur offre de transport comme Épernay qui a mis en place son propre service de covoiturage, NOEMIE (Notre Organisation pour l’Essor d’une Mobilité Inter-entreprises à Epernay), à destination des salariés sparnaciens. Les évolutions technologiques à venir, autopartage, voiture autonome promettent encore bien des transformations pour les collectivités.

 

 

LA RIPOSTE A SES LIMITES

Ces contre-attaques restent néanmoins limitées dans leur ampleur et dans leurs moyens. Il est plus facile pour les grandes villes à la puissance économique et aux capacités d’actions et d’innovations plus fortes de réglementer par rapport aux petites collectivités.

Certains secteurs semblent aussi plus difficiles à contrer. Les centres-villes désertés et économiquement en déclin peuvent difficilement lutter contre les sites de ventes en ligne comme Amazon. Des tentatives de redynamisation et de modernisation du commerce de centre-ville sont toutefois développées par des collectivités. Les enjeux sont mouvants et rapides, puisque les modalités de livraison suivent les évolutions technologiques : la livraison en 1h promise par Amazon a déclenché les foudres de la ville de Paris, craignant son impact sur le trafic et sur le commerce de proximité. On peut se demander quelle sera la marge de manoeuvre des collectivités face aux perspectives de livraisons par drones testées par le géant américain.

Votre collectivité a mis en place d’autres solutions ? Partagez-les sur AATLAS

Par Clémence Priou