Les actions de l’Atlaas, un terrain fertile pour la recherche
L’Atlaas constitue une base de données unique en Europe pour l’observation des usages numériques dans les collectivités françaises. Des fiches actions sont en effet publiées par des acteurs publics – élus et agents – pour le partage d’expérience entre pairs et selon un principe de transparence des politiques publiques numériques auprès des citoyens.
Dans son ADN, l’association Villes Internet et son Label ont toujours eu des liens avec des acteurs universitaires, visant une approche réflexive sur les pratiques locales et territoriales du numérique et leurs évolutions. Le numérique s’est en effet progressivement imposé comme un nouveau référentiel de l’action publique locale, et ce quelles que soient les échelles et les strates urbaines des collectivités engagées. Mais le terme masque une très grande diversité d’outils et d’initiatives : de la numérisation des archives municipales aux “jumeaux numériques”, en passant par la dématérialisation des démarches administratives, la mise en place de capteurs de suivi du patrimoine bâti ou arboré, les visites virtuelles patrimoniale, la découverte des métiers du numérique ou encore la sensibilisation à la protection des données personnelles. Comment dépasser les singularités propres à chaque action et à chaque territoire pour faciliter la mise en commun des initiatives et le partage d’expérience ?
C’est dans cette perspective que Carine Henriot et Hovig Ter Minassian, tous deux enseignants-chercheurs et membres du jury du Label, se sont récemment penchés sur les initiatives locales en faveur de l’accès à la culture ou bien sur les modélisations numériques au service de la valorisation des territoires et leur patrimoine, mises en avant par les membres de l’association. L’exploration de cette base de données cartographique permettra de repérer des actions innovantes, favoriser la circulation des idées et le partage de bonnes pratiques dans une logique bottom-up. Parce que le numérique concerne désormais tout le monde mais qu’il soulève de nombreuses questions sur la protection des données personnelles, les risques d’exclusion ou encore son impact environnemental, L’Atlaas constitue un formidable poste d’observation, pour les membres de l’association et pour leurs partenaires, du développement et des formes de renouvellement du numérique territorial dans toutes les strates de collectivités en France.
Valorisation du patrimoine historique avec le numérique


Carine Henriot est enseignante-chercheure en urbanisme à l’Université de technologie de Compiègne et membre du laboratoire Avenues. Ses travaux de recherche portent sur la production de la ville chinoise et française, à travers une approche technique intégrée à l’urbanisme. Ils portent également sur le numérique territorial et la conduite du changement par le numérique.
C’est d’ailleurs à travers cette double approche de l’urbanisme – technique et numérique – qu’elle s’intéresse à la manière dont les collectivités territoriales se saisissent du numérique pour mettre en place des politiques de valorisation de leur patrimoine historique, mais aussi favoriser les transitions urbaines, environnementales et énergétiques de leur territoire.
Ainsi, l’Observatoire Atlaas Ville Internet illustre comment de nombreuses collectivités françaises valorisent leur patrimoine historique par des parcours connectés, des jeux de pistes et/ ou des balades urbaines permettant de découvrir ludiquement les monuments et places remarquables de Miramas (13), Nîmes (14), mais aussi les coteaux champenois de Vertus (51). Ces promenades peuvent être ponctuées de flashcodes, de QRcodes, de bornes interactives ou encore de lunettes de réalité virtuelle comme à Aix-les-Bains (73) ou encore via le Timescope d’Arras (62).
Les reconstructions patrimoniales par modélisation 3D autorisent aussi bien les visites virtuelles ex situ de sites remarquables comme la cathédrale Sainte Cécile d’Albi (81), que les visites virtuelles in situ mais extempore de sites remarquables aujourd’hui disparus comme le patrimoine industriel de Puteaux (92).
Le BIM 3D permet également de visualiser en avance de phase, dans une perspective de concertation auprès des citoyens et d’aide à la décision auprès des techniciens et des élus, via la visite virtuelle du projet de rénovation urbaine des Hauts-d’Asnières (92).
Enfin, certaines collectivités territoriales poursuivent l’effort de modélisation à l’échelle urbaine que ce soit au format BIM, Mesh 3D ou via un jumeau numérique territorial comme à Dijon Métropole (21) ou encore Anger Loire Métropole, Bouchemaine, Trélazé (49) par exemple. Ces initiatives mobilisent le numérique pour favoriser la gestion urbaine du patrimoine bâtimentaire à Fréjus (83), permettent de lutter contre les îlots de chaleur urbains à Noisy-le-grand (93), bref participent de la territorialisation des transitions environnementale et énergétique dans nos collectivités territoriales.
Usages vidéoludiques et service public


Hovig Ter Minassian est enseignant-chercheur en géographie à l’université de Tours et membre du laboratoire de recherche CITERES. Ses travaux de recherche portent notamment sur les pratiques numériques, les usages ordinaires du numérique, et les loisirs électroniques. Ils portent également sur la valorisation du patrimoine urbain et culturel via les stratégies de labellisation.
C’est justement à travers cette double entrée qu’il s’intéresse à la manière dont les collectivités locales se saisissent du numérique pour mettre en place des politiques culturelles ou de valorisation du patrimoine local. Le numérique, sa culture et ses outils, sont devenus aujourd’hui incontournables dans la vie quotidienne de nombreuses citoyennes et citoyens. Les acteurs des collectivités locales s’en saisissent pour favoriser l’accès à la culture, créer du lien social, promouvoir les initiatives culturelles locales mais aussi sensibiliser aux enjeux de parentalité et d’exposition aux écrans.
Ainsi, plusieurs collectivités comme Beauvais (60) ont soutenu dans les médiathèques ou bibliothèques municipales des ateliers de découverte du numérique, pour à la fois favoriser l’inclusion numérique mais aussi faire découvrir les métiers possibles dans le domaine de la création numérique ou des jeux vidéo. Par exemple à Bron (69), l’Institut Médico – Educatif Aline Renard de Rillieux-la-Pape a travaillé en 2024 avec la Cyberbase pour proposer un atelier jeu vidéo à des enfants en situation de difficulté socio-familiale ou bien en situation d’altération de capacités cognitives.
Plusieurs collectivités comme Fontenay-sous-Bois (94), se sont également saisies du jeu vidéo Minecraft pour proposer des ateliers de reconstitution 3D de la ville dans un univers numérique, afin de faire (re)découvrir le patrimoine local. A Vandoeuvre-lès-Nancy (54), l’atelier Minecraft a été l’occasion d’impliquer des habitants, jeunes et adultes, dans la réflexion sur la réhabilitation d’un quartier de la ville.
Bien entendu, l’usage généralisé du numérique ne va pas sans risque, que ce soit en lien avec le temps d’exposition aux écrans ou bien à la protection de la vie privée. C’est pourquoi plusieurs collectivités comme Epernay (51) ont mis en place des actions d’éducation aux médias. Ces actions ne sont pas incompatibles avec la mise à disposition de consoles de jeux vidéo, y compris pour des publics seniors comme à Boulogne-sur-Mer (62), dès lors que cette mise à disposition se fait sur des temps contrôlés et qu’elle soit l’occasion justement de faire par la même occasion de la sensibilisation.


