Dans le rétroviseur : de la 6e à la 7e édition du Congrès des élus au numérique
Magaly Marcin, Les Abymes (Guadeloupe), adjointe déléguée numérique et jeunesse, au maire Éric JALTON – Administrateur de l’association Villes Internet
Élue au numérique de la Ville des Abymes et membre du Conseil d’administration de l’Association Villes Internet, j’ai vu évoluer en profondeur la place du numérique dans l’action publique locale. Ce qui relevait hier d’un champ technique est aujourd’hui un enjeu pleinement politique, transversal et stratégique pour nos collectivités.
Dans un territoire comme le nôtre, le numérique n’est pas un simple outil de modernisation : il est un levier d’égalité, d’accès aux droits, d’inclusion sociale, de développement économique et de participation citoyenne. La dématérialisation des services publics, l’essor de l’intelligence artificielle, les exigences en matière de cybersécurité ou encore l’urgence climatique nous obligent à penser le numérique de manière responsable, structurée et concertée.
C’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit l’Association Villes Internet. Par son Label, ses travaux collectifs, sa plateforme de partage d’expériences et son Congrès national des élus au numérique, elle permet aux collectivités – des communes rurales aux grandes métropoles, en métropole comme en outre-mer – de mutualiser leurs pratiques, d’anticiper les transformations et de porter une voix commune auprès de l’État.
Le Congrès national des élus au numérique est devenu, au fil des éditions, un espace stratégique de co-construction. Il ne s’agit pas seulement d’échanger des bonnes pratiques, mais de structurer une vision politique partagée du numérique territorial, traduite en engagements concrets et en propositions nationales.
La première édition du Congrès national des élus au numérique (2019 à Paris La Défense) répondait à un enjeu majeur de mise en réseau : partager les difficultés et non seulement les succès, rassembler des élus de territoires variés : ruraux comme urbains, métropolitains comme ultramarins. Dès cette première édition, les ressources issues du Congrès ont constitué pour de nombreux “nouveaux élus au numérique” une acculturation essentielle, pour s’approprier les multiples facettes du numérique.
Les six éditions successives ont permis aux maires et élus délégués au numérique d’échanger chaque année pour trouver un consensus de définition et de priorisation des enjeux majeurs partagés par l’ensemble des territoires : ces travaux donnant lieu à la rédaction collective d’une Motion remise au gouvernement. Depuis, l’association a intégré les éléments essentiels de ces motions dans le socle de ses 4 engagements pour un numérique citoyen et de sa feuille de route 2024-2026. L’importance de cette démarche est également à souligner car elle permet de garantir un point de contact entre les collectivités et l’État sur les sujets du numérique : nos délégations ont été reçues à l’Élysée comme dans les ministères, nous avons aussi pu rendre visible ces enjeux auprès des législateurs de l’Assemblée nationale et du Sénat.
L’édition 2025 du Congrès, organisée à Saint-Raphaël, a marqué une étape importante dans la structuration des propositions portées par les élus au numérique.
J’ai été particulièrement marquée par les échanges autour de l’engagement visant à garantir l’égalité d’accès au numérique. Les discussions ont mis en lumière une réalité que nous constatons également aux Abymes : la dématérialisation progresse, mais l’illectronisme demeure une fragilité majeure pour une partie de la population. La proposition de créer un bilan de compétences numériquesà la prise de fonction des élus et des agents, accompagné d’un parcours de formation tout au long du mandat, est apparue comme une mesure structurante. Elle rappelle que la transition numérique ne peut réussir sans une montée en compétence collective des décideurs publics.
Les travaux sur la cybersécurité ont également été particulièrement concrets. L’exercice consacré à l’intégration du risque cyber dans le Plan Communal de Sauvegarde a montré combien la gestion d’une attaque informatique dépasse le cadre technique : elle implique la communication de crise, la continuité des services publics, la protection des données des citoyens. Pour des collectivités comme les nôtres, parfois moins dotées en ingénierie, l’accompagnement national et la mutualisation des outils sont essentiels.
Enfin, les échanges sur le numérique responsable face à l’urgence climatique ont souligné notre responsabilité d’élus : mesurer l’empreinte environnementale de nos infrastructures, lutter contre l’obsolescence, sensibiliser les citoyens à des usages sobres. Le numérique doit être un outil de transition, non un facteur d’aggravation des déséquilibres.
La remise officielle des propositions aux représentants du Gouvernement a donné tout son sens à ces travaux. Elle traduit la volonté des élus locaux de ne pas subir les transformations numériques, mais d’en être pleinement acteurs et co-constructeurs au niveau national
Le numérique est désormais au cœur de l’ensemble des politiques publiques locales. Il conditionne l’accès aux droits, la qualité des services publics, la sécurité des données, l’attractivité économique et même la résilience de nos territoires face aux crises.
Pour une collectivité comme la Ville des Abymes, l’enjeu est clair : faire du numérique un outil d’émancipation et de cohésion, et non un facteur d’exclusion. Cela suppose une gouvernance politique affirmée, une montée en compétences des élus et des agents, une attention constante à la cybersécurité et une stratégie responsable face aux enjeux climatiques.
Le Congrès national des élus au numérique incarne cette ambition collective. Il nous permet d’articuler les réalités locales avec les orientations nationales, et de porter une voix forte pour un numérique accessible à tous, sécurisé, responsable et pleinement au service de l’intérêt général.
Gageons que l’édition 2026 à Agen poursuivra cette dynamique, en renforçant encore la coopération entre les territoires et en consolidant la place des élus au numérique dans la définition des politiques publiques de demain.

