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Loïc Damiani : « l’éducation nationale et les collectivités doivent travailler ensemble pour ne pas prendre 20 ans de retard sur l’évolution de la société »

Publié le 8 avril 2022 Education

Loïc Damiani est adjoint au maire de Fontenay-sous-Bois (94), délégué aux retraités, à la ville numérique et aux anciens combattants. Il est membre du groupe de travail « Numérique éducatif » de Villes Internet et ainsi membre du comité des partenaires du ministère de l’éducation nationale. 

Quel regard portez-vous sur la place du numérique éducatif dans les motions adoptées par les trois derniers Congrès nationaux des élu·es au numérique ?

Le numérique est présent absolument partout. Les élèves, que ce soit dans les écoles, dans les collèges et les lycées, y sont confrontés de façon importante et permanente. 

Le numérique a une place fondamentale, qu’il n’avait pas il y a 10 ans. L’éducation doit s’adapter. Malheureusement, nous sommes loin d’une stratégie nationale, pour les collectivités comme pour l’éducation nationale. C’est pour cela que cette question est posée dans le cadre des motions des élu·es au numérique. Il y a la question de la connexion, mais il y a aussi la question des usages sur laquelle il faut travailler de façon sérieuse car les acteurs de l’éducation sont laissés à leur libre appréciation. Il s’agit donc de définir une stratégie nationale. La participation des élus locaux à la rédaction des motions et la place qu’ils donnent au numérique éducatif exprime cet enjeu. 

Les collectivités sont particulièrement bien placées pour répondre à ce défi, car elles fournissent le matériel et l’accès, par les écoles notamment. Les élus sont en première ligne, ils ont forcément un avis car ils sont au plus près du terrain. Ils expriment cet avis dans la définition des priorités du numérique en participant à la rédaction des motions des congrès des élus au numérique.

Il faut porter des questions et — j’ose le terme — des exigences. Le numérique doit devenir un droit fondamental, car aujourd’hui si on n’est pas complètement connecté on est socialement en marge. C’est une réflexion que Villes Internet porte depuis un certain temps. Mais on s’aperçoit que pour l’éducation nationale ce n’est pas si simple, nous ne sommes au clair ni sur les objectifs pédagogiques — et je parle en connaissance de cause car je suis enseignant — ni sur les équipements, les stratégies et les formations. Par exemple, aujourd’hui on n’apprend plus la liste des rois de France car n’importe quel élève qui veut savoir quel roi a succédé à Henri II il va chercher sur Internet. Que fait-on de cette réalité sur l’accès aux apprentissages ? Désormais il faut apprendre à apprendre, apprendre à trier, apprendre à utiliser l’information. L’accès aux connaissances et à l’apprentissage se modifie profondément.

Comment jugez-vous la coordination entre les élu·es locaux et l’Éducation nationale ?

Au sein du comité des partenaires, il y a une réelle écoute et envie de travailler en partenariat, mais au niveau local c’est beaucoup plus variable. On peut avoir des inspecteurs de circonscription qui sont au fait de ces questions et qui ont des demandes et mettent en place un travail très efficace. Mais on peut aussi faire face à des personnes qui n’ont pas d’avis, pas de demande, pas de réponse. Ce n’est pas un sujet pour elles. Dans ce cas, cela devient compliqué, notamment pour apporter des réponses aux parents. Ce ne sont pas seulement des réponses matérielles. Quand on fournit des tablettes aux enseignants, les processus pédagogiques ne sont bien sûr pas les mêmes que quand on travaille avec un tableau et des craies. Cela ne veut pas dire que le numérique change tout — le matériel ne fait pas tout — mais cela interroge. 

Le partenariat doit être à double sens entre les élu·es et les enseignant·es : répondre à la demande et enclencher une réflexion sur les contenus.

Comment cela se passe-t-il sur votre territoire ?

Dans ma commune, on a développé les classes mobiles. Ce sont des classes avec des ordinateurs et des tablettes qui permettent aux enseignant·es de partager des contenus avec les élèves de façon différente. Pour les plus grands, les élèves ont encore accès à « Ordival » (un ordinateur portable par collégien), la question du matériel et de l’accès est réglée. Le risque réside dans le fait qu’un décalage se creuse entre ce que propose l’éducation nationale et ce que les enfants sont en capacité de faire. Nous devons réfléchir à ce risque, il faut y répondre. 

Le numérique est en train de devenir un mode de vie, de relation, de changement, l’enjeu est que l’éducation nationale et les collectivités aient un travail de partenariat pour ne pas prendre 20 ans de retard sur l’évolution de la société. Heureusement que le comité des partenaires existe car il permet cette réflexion sur les enjeux. 

Les réflexions du comité des partenaires se traduisent-elles sur le terrain ?

Elles vont le faire. Mais nous sommes tributaires d’aspects de politiques nationales car il peut y avoir un décalage entre les annonces et la réalité. Mais c’est une question qui est en train de devenir centrale et tant mieux car sinon nous allons prendre trop retard. 

 


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Par Anna Mélin