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Municipales 2026 : Du rôle essentiel d’un élu au numérique dans une équipe municipale

par Mathieu Vidal,
Président de l’Association Villes Internet, Enseignant-chercheur (géographe)

Un sujet encore trop souvent secondaire

On l’a écrit dans un précédent texte, à l’approche des élections municipales et communautaires de mars 2026, le numérique continue d’être traité, trop souvent, comme un sujet secondaire. 

Quand la délégation existe – ce qui constitue déjà un premier niveau de prise en compte des enjeux numériques – on la confie encore trop souvent à un simple « référent outils », on l’adosse aisément à la communication ou à la modernisation interne, et on la disperse régulièrement entre plusieurs délégations. Pourtant, le sujet structure désormais l’accès aux droits, la continuité du service public, la sécurité des systèmes d’information, intervient dans bon nombre de procédures métiers (urbanisme, état-civil, archives, et bien d’autres) et pose les bases d’une part croissante de la relation démocratique locale.

Dans ce contexte, disposer d’un élu clairement identifié, mandaté et surtout outillé – donc sensibilisé et formé – pour piloter les politiques numériques n’est pas un simple choix de communication politique ou d’organigramme. C’est un choix de gouvernement.

Une enquête que l’on avait conduite auprès de 152 élus municipaux en charge du numérique élus pour le mandat 2020-2026 mettait en évidence un point décisif : cette délégation n’est sûrement pas « accessoire ». Elle est très largement confiée à des profils déjà en prise avec ces enjeux. Ainsi, 55 % des répondants déclaraient travailler en lien direct avec le numérique, et à peine 7 % indiquaient ne pas avoir de compétences particulières au moment d’accepter la délégation. L’enquête soulignait aussi une surreprésentation des diplômés (83 % au-delà de bac+2 ; 60 % à bac+5 et plus) et des cadres et professions intellectuelles supérieures (68,2 %) parmi les répondants. Autrement dit : on attend souvent de l’élu au numérique qu’il soit immédiatement opérationnel, tout en lui demandant de porter un sujet transversal, sensible, et souvent conflictuel.


Pourquoi cette fonction devient structurante ? 

D’abord parce que la dématérialisation n’est pas neutre socialement. Quand une ville bascule des démarches, de la prise de rendez-vous ou de l’information vers des interfaces numériques, elle modifie concrètement les conditions d’accès aux droits. Or, chacun de ceux oeuvrant dans le domaine du numérique citoyen a forcément ce chiffre en tête, qu’il est néanmoins utile de rappeler : en 2021, selon l’Insee, 15,4 % des personnes de 15 ans ou plus (France hors Mayotte) étaient en situation d’illectronisme.  Une politique municipale crédible suppose donc des arbitrages explicites : maintien de guichets et de canaux alternatifs, médiation humaine, lieux et temps d’accompagnement, conception centrée sur l’usager. Notre enquête montrait d’ailleurs que l’inclusion numérique est fréquemment citée comme un enjeu prioritaire et comme un projet emblématique du mandat.

Ensuite, parce que le numérique municipal engage la continuité du service public et la gestion du risque. Les collectivités sont dépositaires de données personnelles nombreuses et opèrent des services essentiels ; elles constituent donc des cibles. L’ANSSI a traité en 2024 pas moins de 218 incidents affectant les collectivités territoriales.  Et dans ce contexte, si l’élu au numérique ne gère pas les aspects techniques – c’est clairement le rôle du DSI, son binôme – il est néanmoins celui qui peut porter la question au niveau politique pertinent : budget, priorités, exigences contractuelles, plans de continuité et de reprise d’activité, culture interne du risque, articulation avec l’intercommunalité et les partenaires, etc.

Enfin, parce que le numérique conditionne la capacité d’une commune à rester maîtresse de ses choix. Les projets numériques créent des dépendances : aux prestataires, aux plateformes, aux architectures techniques, aux calendriers de renouvellement. La question n’est pas « pour ou contre » la technologie : c’est celle de la gouvernabilité. Or l’enquête précitée mettait déjà en évidence que 43 % des répondants déclaraient avoir rencontré des difficultés ou des blocages dans la mise en œuvre de leurs projets, renvoyant notamment aux moyens, à la conduite du changement, aux lourdeurs internes et au soutien politique. Ces obstacles ne se résolvent pas par une solution logicielle supplémentaire, mais ils relèvent plutôt d’arbitrages, de priorités, de méthode, et de clarté de la feuille de route.


L’enjeu central de l’accessibilité

Il faut aussi y ajouter une exigence trop souvent traitée en simple « conformité » : l’accessibilité. La Direction interministérielle du numérique (DINUM) édite le Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité (RGAA) pour faciliter la mise en accessibilité des sites et services numériques.  Mais là encore, sans portage politique explicite, l’accessibilité devient un correctif tardif, au lieu d’être un standard de conception et d’achat.

C’est en cela que l’association Villes Internet insiste sur un point central : les politiques numériques locales relèvent d’une vision d’intérêt général – pilotée, accessible à tous, responsable et sûre – et non d’un simple catalogue de services.  

La question posée aux équipes candidates en 2026 est donc simple, et surtout vérifiable : quelqu’un (et si oui qui), dans l’exécutif municipal, portera-t-il politiquement le numérique comme politique publique, avec un périmètre clair, un minimum de temps disponible, un rang, et des moyens ? À défaut, la commune continuera de « faire du numérique » sans gouverner le numérique, au rythme des urgences, des injonctions et des crises. À l’inverse, un élu au numérique reconnu et « outillé » permettra de tenir une promesse démocratique très concrète : que la modernisation reste synonyme de droits, de protection, de maîtrise et de qualité du service public… au bénéfice du citoyen.


→ Lien vers l’enquête réalisée sur les élus au numérique : Les élus municipaux en charge du numérique : nouveaux acteurs de la fabrique urbaine ?
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Par Mélissa Kifia