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Villes Internet au salon de l’AMIF 2026

par Mathieu Vidal,
Président de l’Association Villes Internet, Enseignant-chercheur (géographe)

Les 2 et 3 juin 2026, le Salon de l’Association des Maires d’Île-de-France (AMIF) réunit à Paris élus locaux, institutions publiques, entreprises et partenaires des collectivités autour d’une question centrale : « Engagement et proximité de l’élu local : quelles clés pour réussir son mandat ? ».

Plus de 11 000 visiteurs, 200 exposants et près d’une centaine de conférences sont attendus pour la 30e édition de ce Salon porté par cette belle association présidée par Stéphane Beaudet, Maire d’Évry-Courcouronnes (91).

Dans un contexte marqué par le renouvellement des équipes municipales, la contrainte budgétaire, les transitions écologiques, sociales et numériques, les collectivités sont confrontées à une équation complexe : répondre à des besoins de plus en plus exigeants tout en préservant leur capacité d’action. Et si le salon de l’AMIF est évidemment transversal, il nous plait néanmoins à penser qu’au cœur de ces mutations, le numérique occupe peut-être une place un peu à part, car il irrigue l’ensemble des politiques publiques locales.

C’est dans cette perspective que l’Association Villes Internet participe à ce Salon de l’AMIF 2026, en proposant deux temps d’échanges lors de déjeuners consacrés à des enjeux devenus structurants pour les collectivités :

  • « l’IA pour les collectivités au service de nos agents et métiers » (séquence animée par Fatima El Ouasdi, adjointe au maire de Rueil Malmaison) ;
  • « Les (ré)élus au numérique : une urgence à maîtriser les enjeux d’une délégation transversale et complexe » (séquence animée par Mathieu Vidal, président de l’Association Villes Internet et Adjoint au maire d’Albi).

L’intelligence artificielle : un outil au service des agents, mais à encadrer

L’intelligence artificielle s’est imposée en quelques mois comme l’un des principaux sujets de préoccupation et d’intérêt pour les collectivités. Pourtant, derrière les promesses parfois spectaculaires des grands modèles génératifs, la question essentielle demeure celle des usages réels. Pour les communes et les intercommunalités, l’enjeu n’est évidemment pas de courir après les innovations les plus médiatisées, mais plutôt de véritablement déterminer comment ces outils peuvent concrètement améliorer le travail quotidien des agents et renforcer la qualité du service rendu aux habitants.

Car l’intelligence artificielle peut aujourd’hui contribuer à l’automatisation de tâches répétitives, à l’assistance rédactionnelle, à l’analyse documentaire, à la gestion de la relation usager ou encore à l’exploitation de données territoriales complexes. Et dans un contexte où les collectivités doivent clairement « faire plus – ou au moins autant – avec moins », ces outils apparaissent comme des leviers potentiels d’efficacité organisationnelle.
Mais l’enjeu ne se limite pas à la performance administrative. L’introduction de l’IA interroge profondément les métiers territoriaux eux-mêmes. Elle modifie les compétences attendues, les modalités de décision, les rapports à l’information et les responsabilités des agents comme des élus. La véritable question n’est donc pas tant de savoir quelle IA adopter (même si ça reste une vraie question de souveraineté), mais plutôt : « quelle place souhaitons-nous donner à l’intelligence artificielle dans l’action publique locale ? ».

Cette interrogation renvoie directement notamment aux enjeux de souveraineté numérique, de transparence algorithmique, de protection des données publiques et de maintien de l’autonomie décisionnelle des collectivités. Car une collectivité ne peut déléguer son jugement politique à un système automatisé. L’IA doit demeurer un outil d’aide à la décision et non un substitut à la responsabilité publique.

Les élus au numérique : de nouveaux pilotes pour une délégation devenue stratégique

La seconde table-ronde proposée par Villes Internet s’inscrit dans une actualité particulièrement forte : celle de l’installation des nouvelles équipes municipales à l’issue des élections de 2026.

Depuis plusieurs mandats, les délégations liées au numérique se multiplient dans les exécutifs locaux. Et c’est une bonne chose. Pour autant, leur périmètre reste extrêmement varié, et leur importance parfois – à notre sens – sous-estimée. Longtemps et souvent perçu comme une compétence technique relevant essentiellement des systèmes d’information, le numérique est néanmoins désormais devenu un sujet profondément transversal.

Il concerne la relation aux citoyens, la gestion des données, la cybersécurité, les politiques éducatives, la transition écologique, l’attractivité économique, l’urbanisme, les mobilités, la participation citoyenne ou encore l’organisation interne des administrations.

Cette extension continue du champ numérique place les élus concernés dans une situation inédite : ils doivent simultanément comprendre des technologies complexes, maîtriser des projets portés par la DSI et/ou des services administratifs multiples, dialoguer avec des acteurs privés puissants, et régulièrement prendre en compte des injonctions d’évolutions réglementaires complexes.

La cybersécurité illustre parfaitement cette transformation. Ce qui relevait autrefois d’un sujet technique est devenu une question majeure de continuité des services publics et de résilience territoriale. De la même manière, les enjeux liés aux données ou à l’intelligence artificielle relèvent désormais autant du politique que du technologique.

Les élus au numérique apparaissent ainsi comme de véritables « élus de la transversalité ». Leur mission consiste moins à gérer des outils qu’à construire une vision stratégique du territoire à l’ère numérique. Et dans ce contexte, la sensibilisation des (ré)élus au numérique aux enjeux de leur délégation semble capitale, dans un objectif d’efficacité et de portage des projets, au service de la collectivité et des citoyens.


Par Jeanne Viallard